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Professionnels de la santé
Le rôle fonctionnel des
sucres dans l’alimentation
Par David D. Kitts, Département des sciences alimentaires,
Faculté des sciences agronomiques, Université de Colombie-Britannique
Les consommateurs associent principalement les sucres à la saveur sucrée. Mais les sucres ont une foule d’autres fonctions qui en font des ingrédients importants dans de nombreux aliments.
Goût sucré
Le goût sucré est la fonction la plus connue des édulcorants. Notre penchant pour cette saveur sucrée, considéré comme inné, est apparent un peu après la naissance, mais avant la période d’apprentissage post-natal, puis il diminue à mesure que nous vieillissons.
Le goût sucré est aussi associé au plaisir et à la récompense. Ceci pourrait expliquer l’attrait des aliments sucrés. La combinaison de sucres et de matières grasses dans les confiseries donne un goût sucré et une texture qui se marient bien. Le saccharose ajoute un goût sucré aux boissons sans pour autant modifier leurs saveurs subtiles.
Texture
Les sucres viennent aussi influencer nos perceptions de la texture des aliments, soit
la «sensation en bouche». Par exemple, les sirops de glucose dans la crème glacée donnent du corps et de la texture, ce que l’on perçoit comme une douceur. Ces sirops aident à prévenir la cristallisation du lactose, qui donnerait la texture sableuse ou granuleuse qu’on retrouve parfois dans certains produits laitiers surgelés.
En confiserie, le contrôle de la vitesse et de la durée de la cristallisation du sucre permet de varier les textures. En minimisant la cristallisation on obtient les textures douces des fondants et des fudges. Les bonbons durs résultent d’une cristallisation qui donne une structure granuleuse ou cristalline. Le miel, grâce à ses propriétés de non-cristallisation, s’utilise pour obtenir une consistance molle et lisse.
En boulangerie, à mesure que l’on enlève l’eau pendant la cuisson, le sucre se cristallise à nouveau pour donner une texture craquante. Cette texture se voit renforcée
par le brunissement (réaction de Maillard) qui se produit lorsque l’on chauffe ensemble des sucres réducteurs (p. ex. le glucose et le fructose) et des ingrédients contenant de l’azote (p. ex. les protéines).
Les sucres servent aussi à attendrir les produits de boulangerie en ralentissant le rythme auquel les molécules d’amidon se lient et celui auquel les protéines se dégradent.
Le glucose, le fructose, le saccharose et le maltose s’emploient dans la fabrication du pain pour faire augmenter le rendement de la pâte et éviter qu’elle soit trop collante.
Conservation
Dans bien des produits, les sucres jouent un rôle important au niveau de la conservation. L’ajout de monosaccharides, comme le glucose ou le fructose, aux confitures et gelées empêche la croissance microbienne et fait donc durer le produit plus longtemps. Les sucres ont une grande affinité pour l’eau, ce qui ralentit la perte d’humidité des produits de boulangerie et prolonge leur durée. Le miel et le sucre inverti (un mélange de fructose-glucose qui se forme lorsque le saccharose est décomposé par des acides ou en enzymes) permettent de garder l’humidité en raison
de leur teneur élevée en fructose, tout comme le sorbitol (l’itol du saccharose) et le sirop
de maïs.
On ajoute des sucres aux légumes en boîte pour les garder fermes et minimiser l’oxydation lorsque la boîte sera ouverte. Le contrôle de l’oxydation protège non seulement contre la détérioration de la texture et de la saveur, mais aussi contre les changements de couleur résultant de la décomposition des pigments.
Finalement, l’interaction entre les sucres (comme le saccharose) et l’eau contrôle l’humidité dans les gâteaux et biscuits, pour les empêcher de sécher ou de rassir.
Fermentation
Les sucres, activateurs de levure lors de la fermentation, sont courants dans les industries du brassage et des produits de boulangerie. Le type et la quantité de sucre ajouté à la pâte des produits de boulangerie peuvent faire augmenter le rendement de la pâte en modifiant la vitesse de fermentation. Les sucres, comme le saccharose, le glucose, et les sirops de maïs fermentescibles, contribuent grandement au goût sucré et à la tendreté du pain blanc.
Par contre, on n’utilise pas ou très peu de sucre dans les pains à croûte dure, comme les pains italiens ou français. Dans ceux-ci, la levure est activée par les sucres qui se forment lorsque des enzymes présents dans la farine agissent sur l’amidon.
Les sucres qui restent après la fermentation ont un effet sur la saveur, contribuent à la couleur et à la texture des croûtes (par le biais de réactions de brunissement non-enzymatique et de caramélisation), et influencent la texture générale du produit.
Apparence
La réactivité du glucose à la chaleur contribue à la subtile couleur rouge-orangé des croûtes de pain qui est le résultat du brunissement (réaction de Maillard). La caramélisation du fructose donne une croûte brun foncé. Les pains contenant du saccharose ont souvent une croûte d’une couleur plus riche et plus foncée que les pains préparés avec du glucose.
Point de congélation
Les sucres sont efficaces pour abaisser le point de congélation d’une solution, ce qui est important dans la fabrication des desserts surgelés et des produits de crème glacée. Les monosaccharides et sirops de maïs qui contiennent une grande quantité de sucres de faibles poids moléculaires, sont les plus efficaces pour faire diminuer le point de congélation. Cette propriété donne de plus petits cristaux de glace et un produit plus lisse. L’utilisation d’édulcorants au sirop de maïs dans les sorbets empêche aussi la cristallisation des sucres et donne un produit plus lisse.
Activité antioxydante
De nombreux glucides sont d’excellents capteurs d’ions métalliques. Le glucose, le fructose et les itols (sorbitol et mannitol) sont capables de bloquer les sites réactifs des ions tels le cuivre, le fer, et dans une moindre mesure, le cobalt. Cette caractéristique des monosaccharides aide à conserver les aliments en retardant les réactions d’oxydation catalytique. De plus, les produits de la réaction de Maillard ont des propriétés antioxydantes dans les préparations alimentaires. Pour cette raison, certains mélanges de produits de la réaction de Maillard sont utilisés dans l’industrie alimentaire comme additifs pour les biscuits et les saucissons.
Conclusion
Les nombreux rôles des sucres dans l’alimentation ne se limitent pas à la perception du goût sucré. Ils contribuent sous toutes sortes de formes à une alimentation saine et variée. Les fonctions des sucres dans les aliments ne sont pas faciles
à remplacer par d’autres ingrédients.
Références
- Clarke MA. Sugars in food processing. Int Sugar J 1997; 99 : 114-26.
- Davis EA. Functionality of sugars: physiochemical interactions in foods.
Am J Clin Nutr 1995;62 : 170S-7S.
- Desor JA and Beauchamp GK. Longitudinal changes in sweet preferences in humans. Physiol Behav 1987;39 : 639-41.
- Hartel RW. Controlling sugar crystallization in food products. Food Technology 1993;47(novembre) : 99-107.
- Jeffery MS. Key functional properties of sucrose in chocolate and sugar confectionery. Food Technology 1993;47 (janvier) : 141-4.
Les nombreux rôles des sucres comme ingrédient dans la préparation des aliments
- Contribuent au goût sucré
- Donnent plus de saveur
- Améliorent l’apparence (brunissement, conservation de la couleur)
- Servent d’agent de conservation
- Préservent l’humidité des aliments
- Rendent plus tendre
- Servent de base à la fermentation de la levure
- Assurent l’aspect lisse des sauces
- Maintiennent la fermeté des fruits et légumes préparés
- Font augmenter le volume des gâteaux et autres produits de boulangerie
- Contribuent à la texture des produits de boulangerie et de confiserie
- Diminuent le point de congélation (empêchent la formation de gros cristaux de glace)
Quelques définitions
Caramélisation
Réaction de brunissement, la caramélisation se produit lorsque les sucres sont chauffés. À température élevée, la réaction chimique qui a lieu pendant que les sucres fondent donne une couleur brun foncé et de nouvelles saveurs. Soulignons par exemple le brunissement du pain lorsqu’on le fait rôtir ou la teinte plus foncée de la sève d’érable lorsqu’on la chauffe pour faire du sirop d’érable.
Réaction de Maillard
La réaction de Maillard, appelée aussi brunissement non-enzymatique, non-oxydatif, se produit lors des interactions chimiques entre les sucres et les protéines, à température élevée. Un groupe amine d’une protéine se combine au groupe aldéhyde ou cétonique d’un sucre réducteur pour donner la couleur brune de divers aliments, dont les aliments frits et les produits de boulangerie tel le pain.
Sucres réducteurs
Les sucres réducteurs comme le glucose, le fructose, le maltose et le lactose contiennent un groupe aldéhyde ou cétonique libre qui leur permet de s’oxyder rapidement (de perdre des électrons et d’absorber de l’oxygène). Cette caractéristique leur permet de se combiner à l’azote à température élevée pour produire le brunissement (réaction de Maillard), pour empêcher les aliments de se gâter en raison de l’oxydation, et pour préserver les couleurs vives des aliments.
Références
- Freeland-Graves JH and Peckham GC. Foundations of Food Preparation. 6th ed. Toronto, ON: Prentice-Hall of Canada, 1996.
- Ockerman HW. Food Science Sourcebook. 2nd ed. New York, NY: Van Nostrand Reinhold, 1991.
Mise à jour : nouveau rôle du sucre dans la conservation des aliments
Les docteurs John Shi et Marc Le Maguer, du Département de science alimentaire de l’Université de Guelph, ont mis au point dernièrement une nouvelle technique appelée «déshydratation osmotique supérieure».
Ils espèrent que cette technique permettra éventuellement de préparer des aliments séchés qui auront meilleur goût, qui seront plus nutritifs et qui seront aussi écologiques.
Ce processus repose sur le principe de l’osmose. Lorsque deux solutions de concentrations différentes sont séparées par une membrane semi-perméable, les concentrations ont tendance à s’égaliser à travers la membrane. L’osmose est le mouvement de l’eau et de substances dissoutes à travers la membrane pour égaliser ces concentrations.
Le principe de l’osmose est utilisé depuis longtemps dans l’industrie alimentaire. Des aliments d’origine végétale ou animale sont immergés dans des solutions concentrées d’eau contenant des solutés comme le sucre ou le sel. On assiste à un transfert d’eau à partir de l’aliment (déshydration) et à un transfert simultané de soluté vers l’aliment imprégnation). En contrôlant le degré de la déshydration et de l’imprégnation, il est possible de modifier les propriétés fonctionnelles des aliments.
L’industrie alimentaire s’intéresse de plus en plus au processus de déshydration osmotique, surtout dans le but de prolonger la durée des produits tout en améliorant la qualité générale du produit fini.
Glucides-Info a posé des questions aux docteurs Shi et Le Maguer au sujet de leur nouvelle technique.
En quoi votre processus diffère-t-il des méthodes utilisées à l’heure actuelle?
Notre processus est unique dans le sens où il combine deux processus. D’abord, nous utilisons un traitement physique qui nous permet de modifier les propriétés de la peau des aliments (p. ex. les tomates). Ces modifications laissent sortir plus de liquide de la tomate et laissent entrer moins de solution osmotique. Nous combinons ce processus à un traitement osmotique en deux étapes (la première au sucre et la deuxième au sel) pour la préconcentration des tomates qui peut servir à produire des tomates ayant un niveau d’humidité intermédiaire
Quels sont les avantages de votre processus?
Les produits finis sont supérieurs en ce qui a trait à la qualité sensorielle (meilleure couleur, texture, saveur) que ceux qui sont déshydratés directement. Notre traitement conserve plus la fraîcheur. Ensuite, contrairement au séchage à air chaud de la déshydration conventionnelle, ce processus ne nécessite pas beaucoup d’énergie. De plus, il prolonge la durée du produit sans avoir les effets sur le goût, la texture et la couleur, qui sont courants avec le séchage à air chaud et la mise en conserve.
Quel est l’effet de votre processus sur les substances nutritives de ces aliments?
Le traitement osmotique s’effectue à température ambiante ou inférieure, et on enlève l’eau sans changement physique. Ainsi, on garde presque toutes les substances nutritives naturelles, y compris celles qui réagissent à la chaleur. En fait, la concentration de substances nutritives augmente dans les produits déshydratés.
Quand allons-nous trouver sur le marché des produits préparés à l’aide de votre méthode?
Il existe déjà sur le marché des aliments produits par prétraitement osmotique. Il s’agit entre autres de goûters de fruits comme des tranches de pommes, des morceaux d’abricots et des croustilles de bananes; de légumes surgelés comme des petits pois, des morceaux de champignons et des carottes en cube; et de poisson séché et salé comme le saumon et la morue. Nous espérons que notre technique pourra améliorer la qualité de ce genre de produits.
À surveiller
Burley VJ. Sugar consumption and cancers of the digestive tract. Eur J Cancer Prev 1997;6:422-34.
On a examiné quarante études auprès des humains pour évaluer la relation entre la consommation de sucre et les cancers du tube digestif. Plus précisément, on s’est attardé aux risques de cancer de l’estomac, de l’intestin grêle, du côlon et du rectum. L’auteur conclut qu’il n’y a pas suffisamment de preuves indiquant que le sucre dans l’alimentation fait augmenter les risques de cancer de l’estomac. En outre, il existe très peu d’études bien structurées pour évaluer l’effet de la consommation de sucre sur les risques de cancer du côlon et de cancer du rectum.
Hegenbart S. Understanding starch functionality. Food Product Design 1996;January:23-34.
L’auteur a examiné la structure générale et la fonction des amidons. Il parle des propriétés de divers amidons utilisés dans l’industrie alimentaire et compare leur caractère fonctionnel. Cet article confirme que, comme dans le cas des sucres, les nombreux rôles fonctionnels de l’amidon dans les aliments ne sont pas faciles à reproduire.
Kalergis M, Pacaud D and Yale JF. Attempt to control the glycemic response to carbohydrate in diabetes mellitus: overview and practical implications. Can J Diabetes Care 1998;22(1):20-9.
Les auteurs ont étudié les facteurs qui influencent la réponse glycémique aux glucides, l’indice glycémique, et les méthodes de contrôle de la réponse glycémique aux glucides. Les auteurs concluent que le sucre n’a pas plus d’effets négatifs sur le contrôle glycémique que la plupart des féculents.
Published in English under the name: Carbohydrate News.
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Conseil consultatif scientifique
Harvey Anderson, Ph.D.
Professor, Department of Nutritional Sciences
Faculty of Medicine
Université of Toronto
Marianne Lamb, RN, M.N.
Director and Associate Professor,
School of Nursing
Memorial Université of Newfoundland
Rena Mendelson, D.Sc., RD
Associate Vice President, Academic
School of Nutrition
Ryerson Polytechnic Université
Anthony M. Ocana, M.Sc., RDN, MD, CCFP
Family Physician, Registered Dietitian
Université of British Columbia
Alison M. Stephen, Ph.D.
Professor, Division of Nutrition and Dietetics
College of Pharmacy and Nutrition
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Huguette Turgeon O’Brien, Ph.D., Dt.P.
Professor, Department of Food Sciences and Nutrition
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